E-migrinter innove avec son premier numéro varia accessible sur la plateforme open-edition. S’y « rencontrent » des articles de différents horizons, issus du séminaire organisé par le Réseau Migration en 2017, ou inscrits dans la continuité du numéro 21 de la revue publié en 2020 « Famille et migration ». Dans ces articles scientifiques, mais aussi à travers les autres rubriques (note de lecture, vie du laboratoire), la thématique de la parole des migrant·es et des discours sur les migrations s’illustre finalement comme un fil rouge, à suivre en parcourant ce numéro.
Ont collaboré à ce numéro : Brenda Le Bigot***, Tony Rublon*, Lydie Déaux*, Carole Tardif**, Jordan Pinel, Camille de Vulpillières, Jose Manuel Gomez Lozano, Calvin Minfegue, Nelly Martin [* Secrétaire de rédaction, ** Assistante d’édition, *** Rédactrice en chef].
Couverture du n°22 – Crédits : Dessin : Mélina Vigneron. Infographie : e-migrinter 2020, Nelly Martin 2021.
Ces jeunes et ces personnes nous parlent des aspects positifs de leur expérience migratoire (ou de l’hospitalité), de leurs accomplissements, de leur rêves et des messages qu’ils souhaitent passer à d’autres jeunes ou personnes solidaires.
Vous pouvez aussi consulter une série de podcast que nous avons produit autour de l’expérience mutuelle de la solidarité.
D’autres productions du projet (ouvrage illustré, clip Migration positive, etc.) seront diffusées dans les semaines et mois à venir (restez connecté-e-s !) sur le nouveau site de l’OMM
En vous souhaitant un bon visionage et une bonne écoute,
Parution le 21 juillet 2021 dans la revue De Facto d’un numéro intitulé Migrer sans entraves, portant sur les migrations privilégiées.
Ce numéro est issu d’un travail de coordination scientifique collectif et pluridisciplinaire mené avec l’équipe du colloque « Des migrations internationales privilégiées » qui se tiendra les 7 & 8 décembre 2021, avec la participation de Brenda Le Bigot.
Page de couverture du numero “Migrer sans entraves” paru sur la revue De Facto le 21/07/2021
La prochaine émission scientifique “Hologramme” de l’Espace Mendes France, sera diffusée de 12h à 12h30 sur Radio Pulsar.
L’invitée sera Brenda Le Bigot (MCF en géographie à l’Université de Poitiers – laboratoire Migrinter), pour parler de Migrations, de Migrations Privilégiées, et de Migrinter !
Soutenance de thèse en ligne “IntegrationS. Civil society in the throes of asylum seekers and refugees’ reception and inclusion. A qualitative research in Milan”
Doctoral dissertation by Caterina Giacometti
Supervisor in Italy: Prof. Maurizio Ambrosini
Supervisor in France: Prof. Adelina Miranda
Membres du jury : Constance De Gourcy, Camille Schmoll, Paola Rebughini, Simone Baglioni, Luca Palmas et Olivier Clochard
Thèse en sociologie (Sociology and Methodology of Social Research) en co-tutelle entre le NASP (Network for the Advancement of Social and Political studies, Université de Milan et de Turin) e l’Université de Poitiers (Migrinter)
Abstract Based on a qualitative analysis deploying observation and in-depth interviews, this research investigates asylum seekers and refugees’ integration, intended as a multi-dimensional process aimed at personal autonomy and influenced by both functional and relational aspects. In accordance with already existing literature, the study analyses the urban dimension of integration processes focusing on the city of Milan as a privileged observation point from which to deepen the understanding of the horizontal dynamics of asylum governance. Indeed, the main aim of the research is to observe what happens beyond and alongside the Italian institutional reception system and official national policies. More specifically, the study explores the way in which different collective actors of the civil society organize their support to asylum seekers and refugees, approaching the subject from three different, but interconnected levels: the internal functioning and approaches specific to the different observed actors, the relationships existing among them and with public authorities and the impact that their actions have on asylum seekers and refugees’ integration processes. Keywords: Asylum, Civil society, Autonomy, Integration, Governance, Battleground
Résumé Reposant sur une analyse qualitative qui utilise les méthodes de l’observation et des entretiens en profondeur, ce travail de recherche étudie l’intégration de demandeurs d’asile et réfugiés, conçue comme un processus multi-dimensionnel ayant comme objectif l’autonomie personnelle et influencé à la fois par des aspects pratiques et relationnels. Conformément avec la littérature existante, cette étude est axée sur la dimension urbaine des processus d’intégration et se focalise sur la ville de Milan en tant que point d’observation privilégié à partir duquel élargir la compréhension des dynamiques horizontales de la gouvernance de l’asile. En effet, l’objectif principal de la recherche est celui d’observer ce qui se passe au-delà de et parallèlement au système institutionnel italien d’accueil et aux politiques nationales officielles. Plus précisément, l’étude examine la manière dont différents acteurs collectifs de la société civile organisent leur soutien aux demandeurs d’asile et réfugiés en approchant le sujet sous trois niveaux différents ainsi que interreliés : le fonctionnement interne et les approches spécifiques des chaque organisation observée, les relations existantes entre eux et avec les autorités publiques et l’impact que leurs actions ont sur les processus d’intégration des demandeurs d’asile et des réfugiés. Mots-clés: Asile, Société Civile, Autonomie, Intégration, Gouvernance, Battleground
Sintesi Attraverso un’analisi qualitativa basata sui metodi dell’osservazione e delle interviste in profondità, la ricerca intende studiare l’integrazione di richiedenti asilo e rifugiati, intesa come un processo multidimensionale diretto all’autonomia personale ed influenzato da aspetti funzionali e relazionali. Come da letteratura esistente, il lavoro analizza la dimensione urbana dei processi di integrazione, focalizzandosi sulla città di Milano in quanto punto d’osservazione privilegiato per approfondire la comprensione delle dinamiche orizzontali della governance dell’asilo. Infatti, l’obiettivo principale della ricerca è quello di osservare quello che succede al di là e parallelamente al sistema istituzionale d’accoglienza in Italia e alle politiche nazionali ufficiali. Più nel dettaglio, la ricerca esplora le modalità in cui diversi attori collettivi della società civile organizzano il loro supporto a richiedenti asilo e rifugiati, affrontando l’argomento a partire da tre livelli diversi ma connessi: il funzionamento interno e gli specifici approcci dei diversi attori osservati, le relazioni esistenti tra di loro e con le autorità pubbliche e l’impatto che la loro azione ha sui processi di integrazione di richiedenti asilo e rifugiati. Parole-chiave: Asilo, Società Civile, Autonomia, Integrazione, Governance, Battleground
Mauricio Escobar Deras est invité à MIGRINTER pour une période de trois mois, depuis début janvier jusqu’à fin mars. Il vient de l’Institut des Migrations de l’Université de Grenade, en Espagne.
Doctorant, il prépare une thèse sur le thème des exilés républicains espagnolsqui, après avoir passé des années à l’étranger, sont retournés en Espagne.
Il a une formation en histoire à l’Université de Californie, à Santa Cruz (UCSC ’97) et à l’Université d’État de Californie à Northridge (CSUN ’00). Il possède également un deuxième master de l’Université de Savoie en communication (2015).
Parcours académique :
Université de Savoie Mont Blanc: Annecy, Rhône-Alpes, FR 01/09/2014 à 18/06/2015 | MA (IAE Communication et Hypermedia)
California State University Northridge: Northridge, Californie, États-Unis 1998-09-02 à 2000-06-02 | MA (Histoire)
La National Outdoor Leadership School (NOLS): Lander, Wyoming, États-Unis 1997-09-01 à 1998-03-01 | LNT (extérieur)
Université de Californie à Santa Cruz: Santa Cruz, Californie, États-Unis 1994-09-02 à 1997-06-02 | BA (Histoire)
Université Eötvös Loránd: Budapest, Pest, HU (1996-08-01 au 1996-12-10 | Étudier à l’étranger (histoire)
Publications
Escobar Deras, Mauricio. “Una aproximación metodológica al retorno de exiliados Republicanos españoles.” Quiroga. Revista de Patrimonio latinoamericano (2019): 20-30. https://doi.org/10.30827/quiroga.v0i15.251
Dans la presse:
Bocanegra Barbecho, Lidia; Escobar Deras, Mauricio. Redes sociales et exilio Republicano español: participation ciudadana y memoria compartida en ámbito digital. Mexique: Universidad Nacional de México (UNAM), 2020.
Motion votée par le laboratoire Migrinter le 16 janvier 2020
L’UMR Migrinter 7301 (Université de Poitiers, CNRS) déclare sa solidarité avec les mobilisations en cours contre le projet gouvernemental de réforme des retraites, et celui de l’enseignement supérieur et de la recherche. En conséquence, nous suspendons nos activités scientifiques.
Si la loi sur la réforme des retraites était appliquée en l’état, elle conduirait à :
l’allongement de la durée des carrières, avec le passage du départ à la retraite de 62,5 à 64 ans (avec l’introduction d’une décote) ;
la baisse des pensions ;
la remise en cause de la logique de solidarité nationale, fondement du principe de retraite par répartition.
Ce projet de loi entraînerait une dégradation des conditions de vie des futur.e.s retraité.e.s (baisse du pouvoir d’achat, départ tardif à la retraite).
De son côté, le projet de LPPR annonce :
la remise en cause du statut des Enseignant.e.s-Chercheur.e.s et des Chercheur.e.s avec la disparition de la référence aux 192h équivalent TD ;
l’amplification de la contractualisation et de la précarisation dans l’ESR (tenure tracks, CDI de projets, etc.) et des personnels BIATSS et ITA ;
la remise en cause des fonctions du CNU et de la collégialité́ de l’évaluation des carrières par les pairs (ces fonctions seraient alors assurées par les universités, ce qui ouvrirait la voie à des logiques localistes).
Cette réforme généralise la précarisation, asservit toute pensée à la logique managériale, anéantit la liberté d’étude et dérobe les moyens à la recherche. La ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation a annoncé son plan national pour la science ouverte qui rend obligatoire l’accès ouvert pour les publications et pour les données issues de recherches financées par des fonds publics. Cette annonce se base sur une politique scientifique qui aggrave nos conditions de travail : charges administratives de plus en plus lourdes, diminution des recrutements, mise en concurrence, etc.
Pour faire écho à cette politique et marquer notre opposition, nous déclarons la “science fermée” !
Nous témoignons notre solidarité aux collègues qui ont initié une mobilisation dans l’enseignement supérieur et la recherche et sommes prêt.e.s à participer à des échanges en vue d’actions communes.
Nous appelons tou.te.s les collègues, personnels de l’ESR, précaires ou titulaires, à :
rendre visible leur mobilisation dans leurs signatures électroniques et réponses automatiques d’absence (cf. suggestion ci-après)
« J’accuse réception de votre message. Étant mobilisé.e contre le projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche et contre le projet de réforme des retraites, j’ai strictement réduit mes activités d’enseignement et de recherche, et ne suis donc pas en mesure de vous répondre dans l’immédiat » ;
pratiquer la grève de la recherche : suspendre les activités scientifiques (reporter les colloques et journées d’étude, suspendre le travail d’expertise et d’évaluation, refuser de siéger dans les différentes instances de l’ESR, etc.);
se joindre à ou relayer à l’échelle des départements pédagogiques la mobilisation sous la forme de différentes actions (report des examens, réunion d’information auprès des étudiant.e.s, rétention des notes, etc.) .
Nous appelons enfin à participer aux journées de mobilisation nationale, aux actions de soutien aux grévistes de la RATP et de la SNCF entre autres (piquets, caisses de grève, AG, etc.) et à rejoindre localement le comité inter-lutte de la Vienne qui se réunit après chaque mobilisation nationale.
Invitée en tant que membre de l’équipe de recherche ECOS NORD – Colombie « Mobilités spatiales et transformations dans les anciennes périphéries urbaines des métropoles d’Amérique latine (Bogotá, Buenos Aires et Santiago du Chili) : la ville latino-américaine entre le centre et la périphérie actuelle » sous la direction de Françoise Dureau – Université de Poitiers et CNRS et Thierry Lulle – Universidad Externado de Colombia.
Gina Paola est anthropologue, titulaire d’un Master en anthropologie et ethnologie social de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales -EHESS. Elle est chercheuse au sein du groupe « Processus sociaux, territoires et environnement », Faculté de Sciences Sociales et Humaines de l’Universidad Externado de Colombia. Voir : http://investigacion.uexternado.edu.co/grupos/?g=32
Elle prépare une thèse de doctorat en anthropologie à l’EHESS sur la question des espaces publics en se fondant sur l’exemple de la ville de Bogotá, à travers l’analyse des possibles transformations que l’insécurité et la violence produisent sur les usages sociaux et la gouvernance des espaces publics et la politique de ville. Sous la direction conjointe de Franck Mermier et Thierry Lulle, sa recherche aborde les possibles mutations des espaces publics et des modes de sociabilité à travers le cas des trois quartiers bogotanos : la Candelaria, la Macarena et Usaquén.
Sélection de publications
· 2018. “Une ville sous tension, Bogotá à travers deux romans colombiens” V. Bontemps, F. Mermier, S. Schwerter (dir.). Les villes divisées. Récits littéraires et cinématographiques. Presses Universitaires du Septentrion – Université Lille III, France. · 2014. Cómo conocer la comunidad del Centro Histórico de Bogotá. Desde la producción de conocimiento hacia una gestión incluyente. Bogotá, Universidad Externado de Colombia, con Thierry Lulle. · 2011. “Habitar el Patrimonio: Prácticas y representaciones de los habitantes en torno a la vivienda patrimonial”, en Vivir el Patrimonio en el Centro Histórico de Bogotá, (T.Lulle et A. de Urbina, eds) Bogotá, Universidad Externado de Colombia, , con María Clara van der Hammen, Dolly Palacio et Thierry Lulle.
Libellé du sujet : Entre solidarité et exploitation. Marchés ethniques du logement et du travail et insertion urbaine des migrants chinois en banlieue parisienne
Soutenue le 27 septembre 2018 (direction de Mahamet Timera et Emmanuel Ma Mung)
Libellé du sujet : Morphogénèse d’un système migratoire. Emergence(s), Développement(s), Transformation(s) du système migratoire Colombie-Espagne (1988-2014).
Soutenue le mardi 20 juin 2017 (direction de William Berthomière et Christophe Imbert)
Libellé du sujet : Governing or being governed? A scalar approach of the transformation of State power and authority through the case of immigration and integration policies of four frontier towns in Israel.
Soutenue le jeudi 1er juin 2017 (direction de William Berthomière et Izhak Schnell)
Libellé du sujet : Dire et écrire la migration. Anthropologie de l’expression des expériences migratoires congolaises (Congo Brazzaville) vers la France
Soutenue le lundi 13 mars 2017 (direction de Véronique Petit)
Libellé du sujet : Les échelles de la mobilité des jeunes migrants en Afrique de l’ouest. Naissance et concrétisation d’un projet migratoire vers l’Europe.
Sous la direction de Nelly Robin et Florian Aumond (2017)
Hawa BA
Libellé du sujet : Femmes sénégalaises à New York et dynamiques transnationales entre le Sénégal et les Etats-Unis.
Sous la direction de Adelina Miranda, Nelly Robin et Mamadou Felwine Sarr (2017)
Libellé du sujet : Au prisme des vécus, au prisme du contrôle : de la complexité des parcours migratoires à la route des Balkans. Enquête sur la fabrique de la route migratoire.
Sous la direction de Nelly Robin et Pierre Sintes (TELEMME, Aix-Marseille) (2014)
Lydie DEAUX
Libellé du sujet : Les stratégies d’adaptation des migrants vulnérables face aux obstacles de la catégorisation. Jeunes migrants non accompagnés en Nouvelle Aquitaine.
Sous la direction de Adelina Miranda et Daniel Senovilla Hernandez (2018)
Brahim BOULOUAYZ
Libellé du sujet : Identité et ethnicité amazigh à l’ère des réseaux numériques.
Sous la direction de Cédric Audebert et Farid Toumi (2017)
Bakary DIAKHITE
Libellé du sujet : [provisoire] La circulation des jeunes d’origine soninké de Bakel entre la France et le Sénégal
Libellé du sujet : Outside reception : networks, actors and impacts of civil society’s intervention with asylum seekers and refugees in Milan
Sous la direction de Adelina Miranda et Maurizion Ambrosini (2017)
Jean-Michel GUIART
Libellé du sujet : Les pratiques transnationales des descendants de migrants et de la diaspora camerounaise situé en France, destiné à l’Ouest du Cameroun. Entre solidarité mécanique/organique..
Sous la direction de Pierre Kamdem (2017)
Valeria INGENITO
Libellé du sujet : Les chemins de réception et d’intégration des réfugiés dans l’aire métropolitaine de Naples
ous la direction de Adelina Miranda et Fabien Amato (2018)
Alice LATOUCHE
Libellé du sujet : Exilées sans refuge : l’impact du lieu sur la vulnérabilité des femmes migrantes en Grèce.
Sous la direction de Adelina Miranda et Jane Freedman (2018)
Libellé du sujet : Etre un “jeune des bidonvilles” : les expériences urbaines et transnationales de jeunes travailleurs roms roumains à partir de trois lieux d’ancrages (gare du Nord, bidonvilles et localités d’origine).
Sous la direction de Adelina Miranda et Céline Bergeon (2017)
Libellé du sujet : Frontières européennes, frontières des droits ? La protection des droits fondamentaux des migrants franchissant irrégulièrement les frontières en Europe du sud
Sous la direction de Olivier Clochard et Emmanuel Aubin(2016)
Libellé du sujet : Diaspora de Turquie en Europe : des clivages politiques et culturels transnationaux ?
Sous la direction de Nelly Robin et Cyril Roussel (2019)
Valère Henoc YAO
Libellé du sujet : Le rôle des communautés économiques régionales dans les migrations irrégulières d’Afrique vers l’Europe au début du 21ème siècle. Le cas de la CEDEAO et de l’UE.
ous la direction de Pierre Kamdem et Marie-Françoise Valette (2018)
José David Gutiérrez-Sánchez est docteur en sociologie de l’Université de Séville (Espagne). Il est professeur en travail social, d’éducation sociale et de sociologie à l’Université Pablo de Olavide (Séville). Il est l’auteur de plusieurs publications et d’ouvrages scientifiques sur la migration, l’enfance et la famille. Ses compétences incluent la participation à des projets de recherche nationaux et internationaux et à la coopération au développement international : il a travaillé sur ces sujets au Brésil, en France, au Portugal, au Maroc et en Espagne. Jose David effectue actuellement des recherches sur la migration des jeunes, en particulier d’Europe de l’Est et d’Afrique subsaharienne en Europe et en Espagne. Il fait actuellement partie du projet de R&D “Re) Conceptualize the Human Movement in the 21st Century : Strategies and Impacts of the Mobility of Eastern Europeans in Spain” (CSO : 2017-82238-R). José David est actuellement chercheur invité à MIGRINTER pour effectuer un séjour de recherche où il enquêtera sur la situation des Roms/Tsiganes roumains en France. Il sera présent à Migrinter jusqu’à mi-décembre. Vous pouvez le rencontrer dans le bureau R01, bureau des chercheurs invités de la Maison des Sciences de l’Homme et de la Société (MSHS).
Sélection de publications de José David Gutiérrez-Sánchez :
Gimeno, C. y Gutiérrez, J.D. (2019). Fostering unaccompanied migrating minors. A cross-border comparison. Children and Youth Services Review, 99, 36-42.
Gutiérrez, J.D. y Ortega, J. (2018). Trabajo Social Comunitario y asentamientos chabolistas: estudio comparativo de experiencias de intervención social. Azarbe, Revista Internacional de Trabajo Social y Bienestar, 7, 47-55.
Gutiérrez, J.D. (2017). Movilidad del Pueblo Gitano de Europa del Este en el asentamiento chabolista de El Gallinero. Revista Andaluza de Ciencias Sociales, Anduli., 16, 73-89.
Gutiérrez, J.D. y Diz, J. (2017). Cooperación Internacional en Marruecos: empoderamiento para insertar socio-laboralmente a jóvenes en contexto de riesgo. Cuadernos de Trabajo Social, 30 (1), 163-174.
Gutiérrez, J.D. (2015). Los menores gitanos rumanos de “El Gallinero”: Etapas de desarrollo en un contexto de riesgo. Revista Electrónica de Investigación y Docencia, 13, 27-44.
Une partie des jeunes a franchi l’Estrecho[2], agrippée sur un coin d’un bateau. Arrivés en Espagne, ils ont parfois été pris en charge par des centres pour mineurs. Parmi ceux que j’ai côtoyés et qui ont été accueillis dans un centre, on note que leurs conditions de vie se sont nettement améliorées : certains sont scolarisés, d’autres ont commencé une formation et les relations dans les centres d’accueil semblent plutôt bonnes. J’ai ainsi eu l’occasion d’échanger avec certains de leurs éducateurs par le biais d’appels vidéos au cours desquels ils m’indiquaient que tout se passait bien avec les jeunes. Après avoir été témoin des conditions dans lesquels ils ont vécu à Ceuta, ces conversations ont été un soulagement et une source d’espoir.
L’accueil satisfaisant en centre pour mineurs ne sera cependant pas l’issue pour tous. Certains jeunes vont continuer à vivre dans l’errance. Traverser la France, rejoindre l’Allemagne, être déçus par ce qu’ils y rencontrent et choisir de revenir en Espagne. Traverser la France, aller en Italie et constater que « polic franc igwalpolicmaroco ».
La prise en charge des mineurs âgés de plus de 17 ans est également plus compliquée dans la péninsule espagnole. Plusieurs d’entre eux voient la porte du centre s’ouvrir le jour de leurs 18 ans et se refermer derrière eux. Ils n’ont alors plus aucun accompagnement et ils retournent alors à la vie d’errance[3].
Le passage des frontières et plus généralement le parcours migratoire laissent des séquelles, même pour ceux qui réussissent à passer. Plusieurs arrivent à Ceuta déjà fortement dépendants de certaines drogues ou de la colle. En effet, certains proviennent de milieux très pauvres et ont déjà grandi en partie dans la rue. D’autres sont restés longtemps à la frontière entre le Maroc et l’enclave et ont commencé à respirer de la colle, pour supporter les conditions de vie. Pour d’autres, c’est à Ceuta que commence le parcours de dépendance à ces substances. C’est une des choses les plus douloureuses auxquelles j’ai assisté à Ceuta : constater, impuissante et désespérée, la chute libre de certains jeunes qui commencent à respirer la colle jusqu’à ne plus pouvoir s’en passer.
Certains d’entre eux ont franchi la frontière, emportant avec eux cette dépendance. Il leur est alors bien plus dur d’intégrer un centre d’accueil. Les Etats membres de l’Union européenne peinent déjà à accepter les « migrants-modèles », ils ne sont pas du tout en mesure d’accepter et de soutenir des jeunes toxicodépendants nécessitant une aide conséquente et adaptée.
J’ai eu plus de mal, pour des raisons évidentes à suivre les jeunes dans des situations de ce type. J’ai pu avoir des nouvelles de l’un d’eux notamment, Jonas[4], âgé de peut-être 14 ou 15 ans, qui a été renvoyé du centre pour mineur de Valencia suite à une altercation avec un éducateur. Il a alors été amené dans un centre fermé d’où il a fugué pour retrouver ensuite une vie d’errance à la rue. Aux dernières nouvelles, il aurait rejoint la France[5].
J’ai eu aussi l’occasion d’observer des situations similaires, à Barcelone, où je suis allée rendre visite à certains jeunes, avec qui j’avais gardé contact depuis notre rencontre à Ceuta. La plupart d’entre eux étaient pris en charge, soit dans un centre pour mineurs soit dans un centre pour majeurs. Mais parallèlement à ces situations relativement positives[6], à savoir des jeunes accompagnés, suivant un parcours de formation et d’apprentissage, j’ai aussi revu des jeunes vivants des réalités plus complexes. Non pris en charge dans des centres et sans réelle possibilité de pouvoir l’être à terme, beaucoup d’entre eux, parfois très jeunes, étaient encore en situation d’errance. J’ai ainsi constaté la continuité de leurs addictions et l’absence totale d’assistance à leur attention.
De mai à juillet 2018, la situation des jeunes marocains de la Goutte d’or dans le 18ème arrondissement de Paris a fait la une de plusieurs médias.[7] Les situations décrites dans les différents articles m’ont rappelé la réalité vécue par plusieurs jeunes rencontrés à Ceuta. Les associations parisiennes mentionnent également le problème des addictions. J’ai ainsi eu le sentiment que les réponses institutionnelles françaises[8]sont très proches de celles observées à Ceuta ou à Valence dans le cas du jeune Jonas, en ignorant complètement la réalité des parcours vécus par ces jeunes.
Leur dépendance aux stupéfiants n’est pas liée à des phénomènes de « mode » ou en raison d’une crise d’adolescence exacerbée. Elles sont le résultat de mois et d’années de vie d’errance.Vivre dans la rue au quotidien– comme je l’avais décrit dans le billet précédent – ne peut pas laisser indemne une personne et encore moins un enfant[9]. Certains y font face tant bien que mal et arrivent à poursuivre leur chemin, mais d’autres ont besoin de se rabattre sur autre chose pour affronter cette réalité.
Après des années de vie sans codes et sans cadres, à lutter pour survivre, il devient nécessairement compliqué d’intégrer un centre avec des règles définies, des horaires précis et des sanctions difficilement compréhensibles. Il m’est apparu dans les différents discours qu’aucune solution alternative à la sanction pénale ou au renvoi dans le pays d’origine n’a pu être proposée à ces jeunes livrés depuis longtemps à des injustices[10]. Il paraît ainsi difficile d’imaginer que ces deux solutions puissent réellement les aider. Les deux ont un seul et même mérite : elles les écartent de nos yeux impuissants.
Enfin, au delà des jeunes qui parviendront à franchir la frontière, et pour lesquels les parcours de vie sont plus ou moins heureux, il restera ceux qui ne passeront pas. Certains tenteront, désespérément, pendant des mois ou des années même. Plusieurs finiront par renoncer. Soit ils repartiront vers le Maroc, soit ils atteindront leur majorité à Ceuta, à continuer de rêver sur la rive Sud du détroit et à endurer ces conditions de vies, sans jamais y parvenir.
Parmi ceux qui ne passeront pas, il y a aussi ceux qui ne survivent pas à la frontière. Leur vie s’arrêtera là, au cours de la Harraga[11]: noyades, chutes, meurtres, autant de situations qui rappellent ô combien les frontières érigées par les gouvernements européens assassinent chaque jour des âmes innocentes. Ce fut le cas d’Omar, un des jeunes que j’ai côtoyé pendant plusieurs mois à Ceuta. Un de mes escorteurs, qui m’a attendu chaque jour avec son sourire et son éducation exemplaire. Lui, s’il était passé, il aurait sans aucun doute intégré un centre et réalisé une formation. Sauf que lui, il n’est pas passé.
Un soir d’avril 2018, un camionneur exaspéré par la situation de la frontière a décidé que la vie de ces jeunes ne valait rien. Il a bondi sur son camion et a accéléré, fonçant droit sur Omar, qui venait d’être surpris à tenter de se glisser sous le véhicule.
Le jeune court sur le sable, soulevant des petits nuages de poussières sur son passage. Peut-être ne pense t’il même pas à ce qu’il va se passer. Peut être pense-t-il à une intimidation, rien de plus. Ou peut-être rêve-t-il à l’Europe en cet instant, l’Europe où il veut devenir boucher-charcutier. Peut être pense-t-il à ses parents, en situation d’extrême précarité, près d’Agadir, et à ses neuf frères et sœurs. Peut être, enfin, qu’il sait que la mort est à ses trousses mais qu’il refuse de se retourner pour la regarder venir.
Un corps de seize ans face à un camion. L’homme exulte sa rage. Les gamins du port assistent, abasourdis. L’âme d’Omar s’envole, loin de cette terre injuste.
Pour lui le passage, ça aura été de la vie, à la mort[12].
[1]Terme désignant le passage clandestin vers la péninsule. Littéralement, les jeunes le traduisaient comme signifiant « le risque »
[3] La situation des « ex-menas » ou « ex-tutelados » en Espagne commence à être mise en exergue. Des associations commencent à se spécialiser sur cette question. Le 7 février 2019, l’émission Crónicas a diffusé sur la chaîne RTVE, un épisode consacré à cette question, intitulé 18 años y 1 día.
[5]Mon propos ici ne vise bien sûr pas à donner une image négative de Jonas bien au contraire, c’est un jeune que j’ai toujours beaucoup apprécié, toujours souriant et agréable, qui n’a jamais eu un geste ou une parole de trop à mon encontre. Il représente cependant à mon sens l’image d’un jeune que le franchissement de la frontière a détruit. Il incarne une problématique réelle, que j’ai constaté sur tous mes terrains : la naissance de l’addiction pour supporter les conditions de vie au cours du parcours migratoire. Il s’agit pour moi d’une réalité négligée et non prise en compte, qui conduit généralement à condamner les individus qui en sont victimes, au lieu de s’intéresser aux causes de ces addictions et de chercher des solutions.
[6]Les notions de « positif » et de « négatif » ici sont à apprécier uniquement en comparaison avec la situation d’extrême précarité à laquelle ils faisaient face à Ceuta
[7] Voir sur cette situation par exemple les articles du Monde suivants Le Monde, De Tanger à Paris dans les pas des enfants perdus du Maroc, 05/17/2018 : https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/05/17/de-tanger-a-paris-dans-les-pas-des-enfants-perdus-du-maroc_5300123_3224.html ou Le monde, Face aux mineurs marocains isolés toxicomanes et violents, Paris en appelle à l’état, 17/05/2018 https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/05/17/face-aux-mineurs-marocains-isoles-toxicomanes-et-violents-paris-en-appelle-a-l-etat_5300409_3224.html
[8] Voir par exemple la note du Gisti Mineurs marocains isolés, le retour pour seule perspective ? du 13 juillet 2018 http://www.gisti.org/spip.php?article5950
[9] Moi-même, plusieurs mois après mon retour, et n’ayant pourtant qu’assisté à leurs conditions de vie pendant les heures de la nuit, je serai toujours autant prise à vif à l’évocation de ces souvenirs. J’ai eu le sentiment pendant ces mois à Ceuta que j’assistais littéralement à l’horreur humaine, un sentiment à mon sens qui ne peut que marquer une vie entière. Il est presque inimaginable de penser aux conséquences morales de ce passage à Ceuta pour ceux qui l’ont vécu en première personne.
[10]Quand je mentionne qu’aucune solution n’a été cherchée, j’exclus ici les assistances strictement matérielles, qui ont bien sûr existé tant à titre individuel qu’associatif mais sans constituer pour autant une solution de futur pour ces jeunes
A voir sur le site de l’IRD une datavisualisation réalisée en partenariat avec les magazines La Recherche et Sciences et Avenir, conseillère scientifique Nelly Robin (CEPED-MIGRINTER).
Moins d’un tiers des flux migratoires africains concerne
l’Europe. Les déplacements de populations se font majoritairement au
sein du continent et entre les campagnes et les villes. Les études
menées par l’IRD mettent ainsi à mal bon nombre d’idées reçues.
A l’horizon, le rocher de Gibraltar. Entre nous et lui, le détroit. Une petite portion de mer à traverser. Une petite traversée pour de grands rêves.
Les lumières d’un ferry se distinguent dans la nuit. Une voix s’exclame « Actiona ! ». C’est le nom des ferrys de la compagnie Transmediterranea qui effectue plusieurs fois par jour les trajets de Ceuta à Algesiras. Quelques garçons commentent son passage. Chaque ferry qui part sans eux signifie qu’ils resteront un peu plus longtemps dans l’enclave. Alors à chaque instant, ils réfléchissent à toutes les stratégies possibles pour rejoindre l’autre bord. Régulièrement, les jeunes mentionnent leurs efforts pour traverser par le vocable « travailler »[1], terme symbolique indiquant l’investissement que représente pour eux le franchissement de cette frontière.
Puerto de Ceuta (photographie : Oriana Philippe, janvier 2018)
Il fait froid ce soir de février 2018, comme
tous les soirs de cet hiver. Blottis autour d’un feu, les jeunes se partagent
ce qu’il y a à manger. L’ambiance est bercée par les chansons de Balti que les
jeunes ont mis sur mon téléphone. Le repas fini, chacun trouve une activité.
Certains prennent mon MP3 pour aller écouter des musiques de Reda Taliani ou de
Cheba Maria. Un petit groupe se forme pour discuter. D’autres prennent ma
tablette pour regarder la série « Omar ». Mon téléphone passe de
mains en mains pour se connecter à Facebook et parler avec les proches. On joue
un peu au parchîs et au Uno. Les parties s’emballent,
taquineries, vacheries, éclats de rire. La bonne humeur règne, une ambiance de
groupe qui permet de tenir le coup face aux conditions inhumaines. La pluie
éclate, des trombes d’eaux, comme toujours au cours de cet hiver dans l’estrecho[2].
L’Atlantique et la Méditerranée s’affrontent d’un côté, et l’Europe et l’Afrique
de l’autre.
Pour nous abriter tant bien que mal, je sorts un
rideau de douche que nous tendons au dessus de nos têtes et nous tentons de
continuer notre partie endiablée de Uno. Ceux qui ne jouent pas se
plaquent contre un rocher courbé pour se protéger de la pluie. Les jeunes
commencent à chanter à tue-tête, un refrain lancé par ceux couverts par le rideau
de douche, et repris en chœur par le groupe blotti sous le rocher. On rigole,
jusqu’à ce que l’eau nous mouille jusqu’aux os. Il n’y a plus rien à faire. Ils
me disent de rentrer : nous sommes complètement trempés.
Comme presque tous les soirs de cet hiver, je
les laisse-là, trempés, consciente qu’ils n’ont aucun rechange. Ils se
faufilent entre les rochers de la falaise, pour s’abriter dans leurs cabanes de
fortune. Quelques cartons, du plastique, des palettes et les rochers entre
lesquels ils réalisent leurs installations. La mer est agitée, et les vagues
atteignent souvent les cabanes. Certains vont aller sous les auvents d’une
usine, contre un mur ou vont chercher une stratégie pour tenter d’être
partiellement abrités de la tempête.
Au cours de cette nuit-là, comme celle de la
veille, de l’avant-veille, et des autres nuits à venir, les trombes d’eau ne
cessent de tomber jusqu’à l’aube. Chaque nuit, dans mon sommeil, le bruit des
averses m’amènent les images de ces petits corps recroquevillés, trempés,
cherchant à grappiller quelques heures de repos, avant de buscarse la vida[3],
de mendier un peu pour trouver quelque chose à manger puis de tenter un passage
vers la péninsule espagnole, la seule susceptible de leur donner encore l’espoir
d’un avenir un peu plus doux.
Ceuta, petit territoire de moins de 20 km² avec
près de 85 000 habitants est une enclave espagnole au sein du territoire
marocain. Une petite pointe dans le détroit de Gibraltar, à l’extrême nord du
continent africain, qui tend les bras vers l’Europe, elle est liée à la
politique européenne, en tant que territoire espagnol, mais exclue de l’espace
Schengen. Un statut propre à sa situation géographique, lui rappelant qu’elle
est proche de l’Union européenne mais pas tout à fait intégrée.
Par ailleurs, la situation sociale de Ceuta est
complexe. La ville connaît des difficultés, parmi les plus importantes en
Espagne, notamment en terme d’échec scolaire, de pauvreté, de chômage, de vivre
ensemble. La ville est communément connue en Espagne pour sa délinquance, les
trafics de drogue et la migration irrégulière. Une réputation que la ville
traîne comme un fardeau. Dans ce contexte, le sujet de la migration est
particulièrement épineux. Ceuta est bien sûr tenue d’assurer un accueil des
mineurs non accompagnés (MENA[4]) mais rechigne à le faire et
particulièrement en ce qui concerne les mineurs marocains. Au vu de sa
situation géographique, les autorités sont terrorisées par l’« appel d’air »
que de meilleures conditions de prise en charge pourraient procurer.
Ce soir de novembre 2017, Sana[5], très impliquée auprès des MENA[6] à
Ceuta trouve deux garçons qui lui racontent que les policiers ne veulent pas
les conduire au Centro Menores. Quand elle se rend auprès des autorités
avec les jeunes, les policiers lui rétorquent qu’ils n’ont qu’à retourner au
Maroc. A la porte, d’autres jeunes attendent, à eux aussi la police a refusé l’accueil.
Après de longues négociations, ils acceptent de faire la prise en charge et de
les conduire au Centre pour mineurs de La Esperanza[7], mais à condition que les enfants
déclinent toutes les coordonnées des parents. Sana ne sait pas exactement ce qu’ils
ont en tête. Peut-être faire admettre aux jeunes qu’ils ont une famille. Par
ailleurs, la loi espagnole permet la reapatriación[8],
c’est à dire le renvoi des mineurs dans leur pays d’origine afin de les réunir
avec leurs familles, quand ces dernières sont identifiées. Ainsi, en obtenant l’identité
des parents, il pourrait être plus facile, à terme, d’effectuer une repatriación.
Le centre pour mineurs se situe à Khadû, un quartier en périphérie de Ceuta et à proximité de la frontière. De nombreux jeunes ne veulent pas y aller, et ce pour plusieurs raisons. La première est liée aux conditions d’accueil. Lorsqu’ils sont arrêtés dans la rue et amenés au centre, ils sont en général hébergés dans les étages inférieurs du bâtiment, où les chambres sont surchargées, pourvues de matelas au sol. Cette partie de l’établissement s’est vue attribuer un petit sobriquet par les jeunes : « Guantanamo ». Les jeunes sont enfermés dans les chambres pendant la nuit et il y règne, selon eux, une ambiance violente et agressive, soit provoquée par les surveillants, soit par d’autres mineurs hébergés. Beaucoup de jeunes disent se sentir plus en sécurité à la rue qu’au centre.
Puerto de Ceuta (photographie : Oriana Philippe, mars 2018)
L’autre raison est qu’une prise en charge en
tant que mineur isolé à Ceuta, ne permet pas aux jeunes d’accéder à la
péninsule en tant que mineur. Or, il est extrêmement difficile, voire presque
impossible et à fortiori pour un jeune Marocain, d’obtenir un titre de séjour
lorsqu’ils atteignent la majorité en ayant été auparavant pris en charge en
tant que mineur à Ceuta. Les conditions pour l’obtention d’un titre de séjour
semblent y être plus dures à remplir qu’ailleurs. La Esperanza[9]
porte en réalité peu d’espoirs pour le futur. Aussi les jeunes préfèrent tenter
le passage vers la péninsule où les conditions de prise en charge sont
meilleures, permettant ainsi d’obtenir plus facilement un titre de séjour en
tant que jeune majeur.
C’est ce qui explique en partie la présence d’autant
de jeunes à la rue, al puerto[10]. L’accompagnement social par des
associations est quasi-inexistant. La raison, ici encore, c’est la crainte par
les autorités, de l’appel d’air. La municipalité considère en effet qu’une
assistance matérielle offerte dans la rue les conforterait dans leur situation
et inciterait d’autres jeunes à venir vivre à la rue pour tenter le passage
vers l’Europe.
Pourtant, aucune solution satisfaisante n’est adoptée pour limiter le nombre de jeunes à vivre al puerto [11]. Comme mentionné auparavant, des obstacles réels existent au sujet de l’accueil des mineurs à Ceuta : la réticence à prendre en charge des mineurs marocains, les conditions d’accueil dans le centre, l’impossibilité d’obtenir un laissez-passer en tant que mineur et l’extrême difficulté à obtenir un titre de séjour en tant que jeune majeur. Pourtant, chaque fois qu’un événement malheureux [12] survient et rappelle la présence de ces jeunes à la rue, les discours [13] des autorités et des médias locaux mettent l’accent sur le fait que les institutions ceuties sont dépassées par ces jeunes qui refusent de vivre à La Esperanza [14] et passent leur temps à fuguer.
Quand l’attention des médias se porte sur la situation al puerto [15], les arrestations des jeunes par les autorités augmentent de manière évidente [16], et ils sont alors conduits, généralement menottés, à La Esperanza, où ils sont enfermés jusqu’au lendemain. Ces opérations contribuent à donner aux jeunes une perception négative du centre, vu comme un outil répressif et punitif. En conséquence, les jeunes ne perçoivent pas l’établissement comme une structure d’accueil et de protection. Il n’est pas rare qu’ils qualifient le centre par ces termes : « Policia nacional », « Prison San Antonio [17] », en signant les poignets collés pour désigner les menottes.
Considérer que ces jeunes sont à la rue,
simplement parce qu’ils le veulent, ne peut raisonnablement pas être une
lecture sensée de la situation. Vivre à la rue pour un jeune qui tente le
passage de la frontière, cela signifie dormir dehors, à même le sol, dans le
froid et la pluie. Cela signifie aussi ne pas manger à sa faim, porter des
vêtements en lambeau pendant des jours sans pouvoir les laver et se laver,
marcher nu-pieds et ne pas recevoir de soins malgré les fréquentes blessures et
maux divers. La vie de la zanka[18], c’est également risquer la vie à
chaque tentative de passage de la frontière, faire face à la consommation de drogue
et de colle. Pire encore, cela signifie être victime quotidiennement de la
violence physique, morale et sexuelle des adultes rencontrés dans la rue, dont
certains sont des représentants de l’autorité publique et d’autres des
individus ordinaires, et qui profitent que leurs actes ne fassent presque
jamais l’objet de poursuites et de condamnations car commis à l’encontre de jeunes
à qui on dénie tout droit[19].
Ces conditions de vie dans la rue démontrent par elles-mêmes qu’il existe des raisons
objectives conduisant les jeunes à faire le choix de la harraga[20].
Outre les difficultés posées par la vie de la rue et le danger de la frontière ceutie, on peut aussi s’interroger sur le futur pour ces jeunes et les perspectives d’avenir.
(à suivre)
[1] Généralement indiqué en arabe
marocain « Khedma » ou en espagnol « trabajar ». Souvent,
des jeunes feront le parallèle entre la partie de la journée dédiée à la
tentative de passer (incluant également la recherche d’argent par la
proposition d’aide au stationnement, mendicité, etc.- en vue d’acheter du
matériel -tenue de plongée, cordes,…) et la partie de la journée dédiée à la
recherche de nourriture. Régulièrement, certains se font taquiner, accusés de
« ne penser qu’à manger » et de ne pas s’investir assez dans l’indispensable
travail pour réussir le passage.
[3] Expression couramment
utilisée par les personnes qui tentent de franchir la frontière. Littéralement,
cela signifie « chercher la vie » mais concrètement cela indique aussi
de trouver une solution pour gagner un peu d’argent et construire sa vie. Les
jeunes mentionnent souvent leurs rêves. « Je veux être coiffeur moi. Je
veux pas voler ou autre, je veux être un bon coiffeur » (traduit de l’arabe).
« Tu sais combien c’est le salaire au Maroc si tu arrives à avoir un
travail ? 7 euros par jour ! Comment peut t’on vivre ? On
demande pas grand chose, on veut pas être riche, on veut pas beaucoup. Juste de
la dignité, un peu de dignité ! » « When I was in
Morocco, I saw a lot of poor people, then i had a dream in my life, first go to
Spain and other countries, collect a lot of money and help people ». D’autres
mentionneront aussi la nécessité d’aider leurs parents dans des contextes
difficiles. Un des jeunes indique qu’il ne veut plus que sa mère soit une « femme-mule » (ou « mulet ») à la frontière (des
femmes transportant à pied des marchandises pesant parfois jusqu’à 80 kilos).
Un autre mentionne le désespoir de son père, imam soumis à une ferme censure de
la monarchie marocaine et rêvant d’arrêter cette mission qu’il porte comme un
fardeau. Beaucoup mentionnent des mères seules, veuves ou abandonnées ou bien
des familles nombreuses en situation d’extrême précarité.
[4] L’acronyme MENA de Menores extranjeros no acompañados (mineurs étrangers non accompagnés) est la
formule généralement utilisée à Ceuta par les autorités, associatifs et médias.
[7] Nom officiel du Centre pour
mineurs non accompagnés à Ceuta. Il est aussi communément appelé Centro
menores et généralement connu par
les jeunes sous le nom de Centro San Antonio.
[8]Artículo 35 de la ley
organica 4/2000 de 11 de enero 2000 sobre derechos y libertades
de los extranjeros en España y su integración social
[10] Formule généralement
utilisée par les jeunes pour mentionner qu’ils vivent dans la rue au port de
Ceuta, y compris par les arabophones ou ceux parlant d’autres langues (anglais/
français).
[12] Par exemple, de façon assez
régulière, des enfants meurent à tenter le passage. Egalement, il arrive que
des bagarres éclatent avec les camionneurs.
[19] Pour illustrer ces conditions, il est possible de
visualiser des vidéos réalisées par Save The Children. Par exemple, une d’entre
elle publiée le 21 mai 2018 se retrouve sur le compte twitter de l’ONG et on y
retrouve le récit d’un des jeunes https://twitter.com/SaveChildrenEs/status/998618135841435648.
Une autre vidéo et un
rapport à télécharger (Los más solos ; Menores migrantes no acompañados du
21 Mai 2018) peuvent être trouvés sur le site espagnol de l’ONG à l’adresse
suivante : https://www.savethechildren.es/publicaciones/los-mas-solos
Voir aussi le communiqué
de Migreurop du 16 avril 2018, L’Espagne et le Maroc doivent respecter les
droits des enfants migrants.
Enfin, un rapport de l’APDHA, Infancia Migrante, Derechos Humanos en la Frontera Sur 2019, du 27 mars 2019 et téléchargeable à cette adresse https://www.apdha.org/informe-infancia-migrante/ dresse, entre autres, un constat terrible sur la situations des jeunes à Ceuta.
[20]
Terme désignant le passage clandestin vers la péninsule. Littéralement, les
jeunes le traduisaient comme signifiant « le risque »
La plupart des personnes qui transitent dans le camp de Elhovo (cf. photographie du billet précédent) ne semblent pas demander asile auprès des autorités bulgares, car selon le ministère de l’Intérieur, près de 90 % des demandes d’asile enregistrées par l’Agence Nationale pour les Réfugiés (ANR) sont effectuées après que les requérants aient été détenus dans les centres de rétention administrative. Ce point est confirmé le Bulgarian Helsinki Committee, et les différents entretiens que nous avons effectués auprès de demandeurs d’asile témoignent également de période passée en rétention administrative (de quelques jours à plusieurs semaines). Selon le ministère de l’Intérieur, « les personnes maintenues en rétention se rendent compte au bout d’un moment qu’elles sont dans des situations désagréables, en conséquence, elles sollicitent les autorités des deux camps ou des organisations (Croix Rouge, Bulgarian Helsinki Committee) qui y sont présentes, pour que leur demande de protection soit prise en compte ». Une fois la demande émise auprès des autorités des deux camps, ces dernières ont six jours pour les transférer vers un centre d’accueil afin que les demandeurs d’asile soient enregistrées par l’ANR, période durant laquelle l’ordre de quitter le territoire bulgare n’est pas levé, celle-ci ne s’arrêtant qu’au moment où l’ANR enregistre la demande d’asile de la personne, ce qui est « intolérable » pour le représentant du HCR.
Autre point de discorde entre le représentant du HCR et les autorités bulgares est l’existence du camp d’Elhovo qui n’a pas de cadre légal, ce que confirment Valeria Ilareva, avocate de Foundation for Access to Rights et, à sa manière, l’officier français de liaison « immigration » lorsqu’il dit à propos du centre d’Elhovo : « les autorités bulgares, elles, elles agissent d’abord, et elles légifèrent ensuite »[1]. Par exemple, à la différence des deux centres de rétention administrative où la durée maximale de détention est fixée à 18 mois[2], la durée maximale de séjour à Elhovo n’est pas limitée.
L’absence d’interprètes est un problème important selon le HCR et les associations. Par exemple, les policiers aux frontières ne disposent pas d’interprètes lors des gardes-à-vue dont la durée maximale ne doit pas aller au-delà de 24 h 00[3]. Dans les deux centres de rétention administrative, des difficultés sont également mentionnées.
Trouver un logement une fois que les personnes ont obtenu une protection (5 595 décisions positives en 2015[4]) est également un problème pour de nombreux réfugiés. Par exemple les demandeurs d’asile hébergés dans les camps qui ont obtenu une réponse positive, ont 14 jours pour quitter les lieux. Une situation d’autant plus difficile que dans certaines localités comme à Harmanli, les agences immobilières refusent de louer des logements aux réfugiés. À Sofia, il faut avoir dix ans de résidence pour prétendre à un logement social.
Enfin on note dans les propos tenus par les
agents de Frontex, les responsables du ministère de l’Intérieur et de l’ANR,
etc. de fréquents amalgames entre la question de la lutte contre le terrorisme
et celle relative à la migration « irrégulière ». Quelques
citations :
« Quand on voit ce qui vient d’arriver,
moi, je l’avais dit à mes collègues il y a deux ans. Si on ne contrôle pas plus
nos frontières, voilà ce qu’il peut arriver. (…) Les personnes qui arrivent ici
n’ont aucun respect. Voyez, vous, vous m’appelez pour savoir si nous nous
rencontrons ou pas, et bien eux, ils ne respectent rien, ils n’hésitent pas à
tuer leurs pairs » (agent de la Police aux Frontière française travaillant
pour l’agence Frontex, 30 mars 2016).
« Nous devons faire très attention,
pour ne prendre qu’un exemple, sur un des bateaux interceptés en Grèce l’année
passée et transportant 78 clandestins, 2 personnes se sont faites explosées, et
10 avaient une fiche S (…). Les passeurs n’ont aucun scrupule, voyez le camion
intercepté l’été dernier qui transportait des migrants dont 71 ont été
retrouvées morts en Autriche ». – Olivier : ah oui, les passeurs
étaient bulgares, et il y avait un Afghan je crois aussi. – « De toute
façon, quand vous trafiquez de l’Afghan, y en a toujours
un pour balancer les autres » (Officier français de liaison
« immigration », 23 mars 2016).
Dimitrovgrad :
de l’autre côté de la frontière, en route pour la Serbie…
Lucie Bacon nous quitte le samedi 2 avril en prenant le bus pour Dimitrograd, elle est accueillie dans la maison loué par l’ONG Danish Council for Refugees (DCR), présente depuis le début de la crise (octobre 2015). Quelques extraits de notes prises dans le bus :
« Une heure après le départ du bus depuis Sofia, passage de la frontière dans un poste-frontière officielle. Premier check-point, pour sortir du territoire bulgare, je présente aux autorités bulgares mon passeport français. Le temps que le policier scanne mon passeport biométrique, mon regard se promène dans les locaux et tombe sur cette affiche…
« If you are illegal, you’re just a shadow » (Photographie : Lucie Bacon, 2 avril 2016)
Deuxième check-point, entrée en Serbie, mon passeport est tamponné. A la sortir du poste-frontière, le bus, s’arrête : « Pausa [pause] ! » annonce le chauffeur, « Petnaest minuta ». Je me connecte à la wifi. Je repense alors à un salarié de Danish Council for Refugees, rencontré en janvier dernier à Dimitrovgrad. Je le contacte via Wattsapp pour savoir si, à tout hasard, il est sur place.
Fin de la pause. On remonte dans le bus. La
connexion wifi est perdue. Je reprendrai la conversation à mon arrivée à
Dimitrovgrad. Une dizaine de minutes plus tard, il me donne le contact de son collègue qui
est sur place.
Au Danish Council for Refugees . . .
Et voici les informations recueillies auprès de cet
interlocuteur, officier protection pour le Danish
Council for Refugees (à l’occasion d’une discussion informelle le soir même
et d’un entretien plus formel le lendemain).
En raison de la fermeture de la route dites des Balkans
(Grèce – Macédoine – Serbie), de plus en plus de personnes franchissent la
frontière bulgaro-serbe au niveau de la petite ville de Dimitrovgrad (cf. carte
MyMaps). Selon notre interlocuteur, à l’heure actuelle, 80% des personnes
présentes à Belgrade sont passées par la Bulgarie auparavant. Actuellement, 200
à 300 personnes seraient dans les petits villages aux alentours, cachées dans
des logements de passeurs ou cachées dans les bois, dans l’attente de
poursuivre leur route vers Belgrade, puis vers la frontière croate ou
hongroise. Dans cette toute cette zone, le contrôle a été très renforcé (police
aux frontières, militaires, caméras de surveillance infrarouge…). Les
passeurs ont un moyen de fonctionner pour ne pas se faire arrêtés par la
police : ils envoient une première voiture, vide, qui prévient la deuxième
voiture derrière (contenant très souvent minimum une quinzaine de personnes)
des contrôles policiers présents sur la route, pour qu’ils soient évités ; les
passeurs conduisent majoritairement les personnes vers Belgrade (et non plus
vers la frontière serbo-croate comme c’était le cas avant).
Selon la loi, lorsque les personnes sont interceptées
par la police aux frontières, elles sont amenées dans un premier temps au poste
de police le plus proche, puis sont conduites au tribunal de la ville de Pirot
et sont jugées pour avoir traversées la frontière illégalement.
Suite à la prononciation du jugement :
1ère option : Il n’y a pas de place dans la prison : 1/ les personnes sont “raccompagnées” à la frontière du pays duquel elles sont arrivées (la quasi-totalité des cas : Bulgarie) et sont remises aux mains de la police bulgare ; 2/ les personnes sont libérées avec l’obligation de quitter le territoire serbe dans un délai de 72 h 00 maximum ; 3/ les personnes demandent l’asile, elles sont
transférées dans un des centres d’accueil et d’hébergement pour demandeurs d’asile
(Krnjaca, Tutin ou Sjenica)
2ème option : Il y a de la place dans la prison : 1/ la personne paye 5 000 dinars pour ne pas être envoyée en prison ; 2/ la personne est envoyée en prison
Cependant, il existe aussi de nombreux cas de personnes
qui, lorsqu’elles sont interceptées à la frontière, sont refoulées directement
à la frontière, côté bulgare. S’exerce alors parfois un « jeu de
ping-pong » lorsque les autorités bulgares les poussent à leur tour du
côté serbe.
En ce qui concerne le droit d’asile, selon notre
interlocuteur les personnes migrantes expriment très rarement leur intention de
demander l’asile au moment de leur arrestation ce qui explique que beaucoup d’entre
elles passent au tribunal, voire purgent une peine de prison.
Quelques ONG sont encore présentes dont le Danish
Council for Refugees, WAHA (une ONG locale), la Croix-Rouge, et le HCR. Le
Danish Council for Refugees est appelé directement par la police, lorsqu’elle a
intercepté des personnes, pour venir s’assurer que les personnes ont été
traitées dignement ainsi que pour les informer sur le droit d’asile et les
différentes possibilités qui s’offrent à eux. Le Danish Council for Refugees
était également autorisé à se rendre dans les différents villages et endroits
où se situent les migrants près de la frontière pour distribuer des vêtements
et informer les personnes sur leurs droits, mais cela fait une semaine que l’ONG
n’a plus l’autorisation et attend de la recevoir de la part du Ministère de l’Intérieur
serbe.
L’ancien centre de transit / centre d’enregistrement de Dimitrovgrad (en fonction lorsque le corridor migratoire avait été mis en place) est désormais fermé. Il arrive que certaines personnes y soient « accueillies » quelques heures (jusqu’à 24 h 00 maximum) pour des questions pratiques, lorsque le transfert immédiat à Pirot est impossible. La rumeur court qu’un centre « d’accueil » est en train de se construire pour accueillir jusqu’à 100 personnes.
Nédialka Tchalakova, Lucie Bacon et Olivier Clochard
[1] Olivier Clochard tente de lui rappeler que la France – à des périodes différentes – a fait également la même chose, mais la remarque ne l’arrête pas dans son penchant pour la manière dont l’état bulgare gère la situation migratoire. Pour lui, la Bulgarie est « un partenaire sérieux, avec un système hérité de l’Union soviétique, qui permet notamment de conserver indéfiniment les données des personnes » (…) « Voyez, lorsque la Bulgarie a construit le mur à la frontière turque, elle a fait l’objet de nombreuses critiques de la part des autres États membres, aujourd’hui, des pays comme l’Autriche, la Croatie, la Hongrie ou la Slovénie viennent visiter les installations pour reproduire la même chose chez eux ».
[2] La première période de détention peut être prononcée pour une durée maximale de six mois, renouvelable deux fois pour la même durée. Les recours à l’encontre des décisions administratives ne sont pas nombreux : 1 en 2014 et 1 en 2015 !
[3] Elle peut être prolongée à 72 h 00 pour des affaires criminelles concernant les passeurs voire le franchissement irrégulier de la frontière qui est considéré dans la loi bulgare comme un délit pouvant entraîné une mesure pénale.
[4] En 2015, sur 6 175 décisions prises, 4 705 statuts relatifs à la Convention de Genève de 1951 et 890 « protections subsidiaires » ont été accordés par les autorités bulgares, soit un taux de reconnaissance de 90,6 %.